1.1.5-00 Photo Zehrfuss
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Direction de l’ouvrage : Caroline Bauer et Richard Klein
Article : Richard Klein et Carine Lelièvre
Réalisation : 2021 

Les histoires de l’architecture retiennent le plus souvent de la production architecturale de Bernard Zehrfuss (1911-1996), la diversité des pratiques d’un architecte premier grand prix de Rome et ami de l’avant-garde. Sa manière de magnifier l’expression de la structure dans ses réalisations les plus significatives, le siège de l’Unesco à Paris (1953-1958), le C.N.I.T à La Défense (1954-1958), le Musée de la civilisation gallo-romaine à Lyon (1969-1975), placent fréquemment sa production de logements au second plan jusqu’à la rendre invisible. Bernard Zehrfuss, lui-même, a évoqué avec une certaine réserve les habitations qu’il a conçues pour le plus grand nombre. 

Les opérations de logements menées par Bernard Zehrfuss et Jean Sebag, entre 1949 et le début des années 1970, trouvent leur origine dans la politique de production de logements menée par la France au sortir de la seconde guerre mondiale. Vivement encouragée par le Ministère de la Reconstruction et de l’Urbanisme, la sérialisation devient un champ d’expérimentation incontournable dans les concours d’architecture lancés dès 1948. Bernard Zehrfuss et Jean Sebag, représentants de la jeune génération, adoptent dans ce contexte une position radicale concernant la «répétition de formes identiques». Avec la mise au point d’un principe constructif constant, fondé sur l’assemblage d’éléments identiques, les architectes reproduisent des logements de grandes hauteurs dans lesquels la façade sera toujours indépendante de l’ossature. 

La série déduite de cette mise au point est conçue comme une suite de constructions destinées à offrir un habitat décent aux familles françaises qui souffrent massivement du mal logement. Que faut-il retenir de cette production de logements en série, oubliée de l’histoire et dont l’existence matérielle a été soumise à toutes les phases de transformations qu’ont connu les grands ensembles ? Le récit de l’histoire des logements en série de Zehrfuss et Sebag proposé dans cet article comble une relative absence, et permet d’interroger la reconnaissance éventuelle de ses ensembles. Il incite à une réflexion sur les choix de l’historiographie et leurs conséquences patrimoniales.